Alors que l’intelligence artificielle investit la création musicale, Deezer trace une ligne claire. Le 23 juin 2025, la plateforme de streaming annonce le lancement du premier système mondial d’étiquetage des morceaux entièrement générés par IA. Objectif : garantir la transparence pour les utilisateurs et protéger la rémunération des artistes face à une inflation de titres artificiels exploitant les systèmes de monétisation.
Détection et étiquetage : une réponse technologique responsable
Une explosion de la génération automatique
Deezer révèle que près de 18 % des morceaux mis en ligne chaque jour – environ 20 000 titres – sont créés entièrement par des IA, via des outils comme Suno ou Udio. Si ces titres représentent seulement 0,5 % des écoutes globales, 70 % d’entre elles auraient été générées par des bots pour gonfler artificiellement les écoutes et capter des royalties. Ce phénomène, mélange de fraudes et d’usurpation d’identité créative, menace les acteurs légitimes de la musique.
Premier hashtag d’honnêteté numérique
La plateforme dévoile un étiquetage clair : un bandeau informe l’utilisateur que certains morceaux d’un album « peuvent avoir été créés à l’aide de l’IA ». Cette mesure va de pair avec un filtrage actif : les titres 100 % IA sont exclus des recommandations algorithmiques, des recherches et surtout du calcul des écoutes pour la rémunération des artistes. Deezer devient ainsi le premier acteur à adopter une politique aussi rigoureuse, s’appuyant sur des algorithmes de détection fiables à 98 % selon son CEO Alexis Lanternier.
Propriété intellectuelle : un engagement éthique de long terme
Sauvegarder la rémunération et les droits d’auteur
La démarche de Deezer est avant tout éthique : empêcher que des artistes virtuels siphonnent injustement des revenus légitimes. En réduisant à néant l’impact des écoutes frauduleuses, la plateforme cherche à préserver l’intégrité de l’écosystème musical. Comme le rappelle Lanternier, « ce dont Deezer veut s’assurer, c’est qu’on ne prend pas les droits d’auteur qui doivent aller aux artistes ». Cette initiative s’accompagne d’un partenariat avec la SACEM, renforçant la protection collective des droits d’auteur en France.
Transparence et confiance envers les utilisateurs et créateurs
L’étiquetage et l’exclusion algorithmique servent une double visée : informer les auditeurs sur l’origine des morceaux et redonner confiance aux créateurs humains. En exposant clairement l’usage de l’IA, Deezer met fin à la confusion et domine une course à la tromperie musicale. Ce positionnement responsable contraste avec la stratégie d’autres plateformes qui explorent l’usage de l’IA sans imposer les mêmes garde-fous.
Deezer innove en adoptant une posture pionnière face à l’essor des morceaux entièrement générés par IA. Par ce système d’étiquetage et de filtrage, la plateforme affirme son exigence éthique, en défendant profondément les droits des artistes et la valeur de leur travail.
La politique adoptée s’inscrit dans un cadre contractuel clair : les morceaux 100 % IA sont identifiés dès l’analyse audio, étiquetés, puis exclus de toutes chaînes de recommandation, tout en étant retirés du calcul de rémunération. L’association avec la SACEM renforce le contrôle du respect du droit d’auteur et l’application de royalties justes.
Défi critique pour l’industrie musicale, l’étape suivante consistera à mesurer l’efficacité à long terme de ce dispositif et à voir si d’autres acteurs suivront. Sur le plan technologique, Deezer pourrait généraliser le système à d’autres contenus générés (voyage dans la voix d’un artiste, remix automatisés). Mais surtout, ce geste soulève la question d’une régulation plus large à venir : quelles obligations les plateformes auront-elles concernant l’identification de contenus IA ? Le débat s’annonce essentiel pour l’avenir de la création musicale et de la propriété intellectuelle.