Meta mise grand sur la superintelligence : un virage stratégique

Dans un contexte où Meta (ex-Facebook) accuse un retard par rapport à des concurrents tels que OpenAI, Google et Anthropic, le groupe dirigé par Mark Zuckerberg a déclenché une offensive inédite : le lancement d’un nouveau laboratoire dédié à l’IA superintelligente. Selon le New York Times, Meta mobilise environ 50 experts de haut niveau, recrutés personnellement par Zuckerberg, pour concevoir des modèles cognitives de prochaine génération, capables de rivaliser avec l’intelligence humaine — voire la surpasser.

Ce projet implique un investissement colossal, avec un plan d’injection financière évalué à plus de 10–15 milliards de dollars dans Scale AI — une start-up spécialisée dans l’annotation et l’enrichissement de données d’apprentissage automatique. Le fondateur dudit scale, Alexandr Wang, devrait diriger ce laboratoire, marquant ainsi une étape cruciale dans la montée en puissance de l’AGI (intelligence artificielle générale) chez Meta .

Pourquoi ce tournant ?

  • Retard notable : le modèle Llama 4 de Meta a montré ses limites, et le modèle “Behemoth” a été retardé, ce qui a sonné l’alerte interne.
  • Concurrence féroce : face aux avancées d’OpenAI, Google DeepMind, et Anthropic, Meta ressent l’urgence de rattraper son manque d’avance .
  • Course aux talents : Zuckerberg offre des salaires à neuf chiffres pour attirer l’élite mondiale de l’IA, une stratégie déjà visible avec la création de la “Fantastic 50”.

🔍 Les perspectives et les défis d’une course vers l’AGI1. Une initiative nécessaire, mais semée d’incertitudes

Ce laboratoire représente une prise de risque majeure : miser sur l’AGI aujourd’hui est jugé optimiste — voire prématuré — par de nombreux experts . La course aux infrastructures (Meta prévoit un budget de 64–72 milliards de dollars en CAPEX pour 2025) augmente la pression sur les retours sur investissement.

Enjeux éthiques, sécuritaires et de contrôle

L’émergence d’une superintelligence soulève des problématiques éthiques majeures :

  • Confiance et sécurité : Meta devra garantir que ces systèmes superintelligents ne dérivent pas ou ne deviennent pas incontrôlables, un enjeu souligné par la communauté scientifique.
  • Usage responsable : l’ouverture des données, notamment via Scale AI, suppose une gestion stricte des biais, de la vie privée et de la sécurité nationale.
  • Règlementation attendue : si la création d’une AGI ne saurait être inconnue du législateur, le cadre réglementaire international reste à définir.

Le virage stratégique de Meta vers la création d’un centre d’“IA superintelligente”, soutenu par des investissements massifs et le recrutement de l’élite du secteur, représente une stratégie audacieuse pour reprendre l’avantage dans la compétition mondiale de l’IA. Toutefois, ce pari s’accompagne de risques techniques, financiers et éthiques majeurs.

Fort de ce momentum, Meta pourrait devenir un fer de lance dans la quête de l’AGI — à condition d’imposer des normes solides de sécurité, d’éthique et de gouvernance. Une gouvernance responsable sera essentielle pour éviter les dérives et assurer la confiance du public et des régulateurs.